Témoignages
Des adhérents à Oreille et Vie témoignent de leur quotidien
"Toute vie est particulière... et riche. Il y a là tous les apports et les limites d’un témoignage."
Ma surdité est reconnue maladie professionnelle
Je suis né le 02 mars 1943. Je suis en retraite depuis 5 ans.
De 1965 à 1975, j’ai travaillé dans le secteur du bâtiment comme plombier chauffagiste chez des particuliers, ce qui n’occasionnait que peu de bruit.
Ensuite, pendant sept ans, j’ai exercé mon métier dans une grande entreprise du bâtiment rennaise, sur de gros chantiers. Là, les bruits étaient très importants et de diverses origines :
. le nombre des entreprises travaillant en même temps sur le chantier,
. l’emploi d’outils électriques, de compresseurs... le bruit des matériaux travaillés. A cette époque, je supportais le bruit et je travaillais, bien sûr, sans aucune protection.
A partir de 1975, je quitte le métier du bâtiment, et entre au CAT (Centre d’aide par le Travail) de Pontivy, comme moniteur, à l’atelier métallerie. J’occupe ce poste les cinq premières années. Le lieu où l’on travaillait était en béton et donc n’absorbait pas les bruits. Souvent, pour discuter nous étions obligés de sortir de l’atelier, d’arrêter les machines pour téléphoner... Déjà, je commençais à trouver le bruit insupportable.
De 1980 à 2003, je travaille comme moniteur à l’atelier espace vert. L’utilisation de machines telles que tondeuses, débroussailleuses et tronçonneuses m’ont fait travailler durant toutes ces années dans un brouhaha permanent. Dans mon travail, au quotidien, à partir de 1990, j’ai porté un casque de protection. (C’était une obligation...)
En 1982, j’ai commencé à ressentir quelques gênes auditives, notamment en réunion, dans les lieux publics... Je décide donc de consulter un médecin ORL, qui me prescrit le port d’un appareil auditif. Malgré cela, je rencontre de plus en plus de difficultés à entendre en réunion, en groupe, à la maison...
Je revois le médecin tous les 5 à 6 ans. Progressivement il modifie mon appareil, si bien qu’en 1997, il note dans son compte rendu de consultation : « Surdité profonde bilatérale ».
Mon handicap est tel qu’en 1998 je fais une demande de reconnaissance en maladie professionnelle, ce qui m’est accordé. Depuis cette date, je porte en permanence deux prothèses auditives.
JK
Ma surdité au fil des jours
Atteint d’une surdité évolutive, je suis devenu sourd profond à 48 ans. Je suis appareillé depuis 2003 par un implant cochléaire.
Pour qui ne connaît pas bien le monde des sourds, je voudrais d’abord préciser que les prothèses auditives n’apportent pas dans certains cas une perception complète (sans compter qu’on y est dépendant : une panne et c’est le silence). De même que l’unijambiste avec une jambe artificielle ne peut parcourir une longue distance, le sourd ou malentendant a, selon les degrés de surdité, des difficultés à saisir tout le sens des discours, écouter la musique, la radio, téléphoner... Je vis cela au quotidien.
Il faut faire ici la différence entre « entendre » et « comprendre ». Pour illustrer mes propos, permettez-moi de raconter une anecdote vécue :
C ’est une patronne de bistrot qui est très sourde.
Un vieil habitué s’accoude au bar et crie :
« UN CHOCOLAT CHAUD S’IL VOUS PLAIT ! »
La patronne répond :
« Oh ! Ne hurlez pas comme ça, je ne suis pas si sourde.... avec ou sans glaçons ? »
Naturellement, ceci peut déclencher les rires.
Etre malentendant implique que l’on ne comprenne pas toujours le sens de la conversation, que l’on prenne un mot pour un autre ou que l’on réponde à côté. C’est parfois passer, dans le pire des cas, pour un doux-dingue.
Personne n’ose se moquer d’un handicapé moteur dont le fauteuil roulant bascule dans le caniveau. Au contraire, la surdité est souvent invisible ou méconnue et tout le monde rit de bon cœur du malentendant qui prend un mot pour un autre, faute de l’avoir compris. Passer pour un idiot ou un doux-dingue n’est jamais agréable. On se sent un peu honteux.
Ces situations de malentendus peuvent se produire dans les actes de la vie quotidienne : à la banque, dans un restaurant, au téléphone, plus généralement dans un milieu bruyant (ex : la rue)... le pire étant, pour moi, les réunions de famille où les paroles fusent de toutes parts. Mon cerveau doit sans cesse décoder les discours, déjouer les pièges de la vie quotidienne. L’interlocuteur ne mesure pas toujours les difficultés de compréhension : il parle trop vite, n’articule pas, porte une barbe qui m’empêche de lire sur les lèvres.... Je ne suis jamais serein devant une démarche à accomplir.
Il y a aussi une chose dont j’ai du mal à me débarrasser : le regard des autres, ou plutôt cette espèce de mentalité qui existe et qui veut que la surdité se conçoit mal, comparativement à mal voir. Elle est souvent associée à un signe de déchéance physique et morale, voire une vieillesse prématurée. Porter des lunettes, ça se conçoit mais des appareils auditifs, non ! Il suffit de lire dans certains magazines ces publicités des fabricants d’audioprothèses qui vantent les mérites des prothèses invisibles et vous voilà conditionnés.
Pour terminer, je dirais : ma surdité ne m’a rien apporté, mais elle m’a évité beaucoup de choses, notamment celle d’éviter d’entendre parfois les vilenies de certaines personnes, dont celle-ci qui m’a été rapportée : « les oreilles c’est comme les pieds, ça se lave ! »
RoG D
Mes impressions au lendemain de l’activation de l’implant de l’oreille droite.
- Historique (rapide) de ma surdité
- Oreille droite : ma bonne oreille jusqu’à 1987 malgré quelques otites. Perforation tympanique importante en 1986, greffe de tympan en 1987 dont je ressors avec une oreille totalement sourde (cophose).
-Oreille gauche :surdité de transmission à 4 ans (mastoïdite). Surdité mixte à partir de 1990 : baisse de l’oreille interne notamment dans les aigus (4000 et 8000), bonne compréhension , appareillage en BAHA en 1993.
Surdité totale (cophose) le 10 octobre 2006.
Donc surdité totale bilatérale à partir du 10/10/2006
-Implantation sur l’oreille gauche en mars 2007, activation 6 mois exactement après la surdité totale de cette oreille : récupération rapide, j'ai compris tout de suite, je commençais à téléphoer le lendemain .J’ai accepté de faire implanter l’oreille droite, cophosée depuis 23 ans, sur proposition du chirurgien.
Avec le processeur sur la seule oreille droite : impression de sons peu forts, avec peu de nuances. J'attends pour utiiser les programmes plus forts car je sens quelques petites douleurs par moments à l'oreille (il faut que la cicatrisation soit consolidée)
Je comprends ce que je dis, je comprends assez bien avec lecture labiale, je distingue quelques mots dans un discours sans lecture labiale. En voiture j’ai l’impression de ne pas entendre le bruit du roulement.... ils se perdent sans doute dans les acouphènes.
Avec les deux processeurs : le son est nettement plus fort,. Au début léger décalage de perception des sons entre les deux oreilles, mais cela s’atténue.Je n’ai pas pu savoir s’il y a changement au niveau de la compréhension.
Ce résultat m’étonne car il y a décalage entre ce que j'entends quand je n'ai que le processeur droit et ce qu’il semble apporter dans l’audition avec les deux processeurs.
Le cerveau est extraordinaire…Il reste à voir comment cela va évoluer.
Jeanne G
