Ma surdité au fil des jours

Atteint d’une surdité évolutive, je suis devenu sourd profond à 48 ans. Je suis appareillé depuis 2003 par un implant cochléaire.

Pour qui ne connaît pas bien le monde des sourds, je voudrais d’abord préciser que les prothèses auditives n’apportent pas dans certains cas une perception complète (sans compter qu’on en est dépendant : une panne et c’est le silence).

De même que l’unijambiste avec une jambe artificielle ne peut parcourir une longue distance, le sourd ou malentendant a, selon les degrés de surdité, des difficultés à saisir tout lesens des discours, écouter la musique, la radio, téléphoner... Je vis cela au quotidien.

Il faut faire ici la différence entre « entendre » et « comprendre ». Pour illustrer mes propos, permettez-moi de raconter une anecdote vécue :

C’est une patronne de bistrot qui est très sourde. Un vieil habitué s’accoude au bar et crie : « UN CHOCOLAT CHAUD S’IL VOUS PLAIT ! »

La patronne répond : « Oh ! Ne hurlez pas comme ça, je ne suis pas si sourde.... avec ou sans glaçons ? »

Naturellement, ceci peut déclencher les rires.

Etre malentendant implique que l’on ne comprenne pas toujours le sens de la conversation, que l’on prenne un mot pour un autre ou que l’on réponde à côté. C’est parfois passer, dans le pire des cas, pour un doux-dingue.

Personne n’ose se moquer d’un handicapé moteur dont le fauteuil roulant bascule dans le caniveau. Au contraire, la surdité est souvent invisible ou méconnue et tout le monde rit de bon cœur du malentendant qui prend un mot pour un autre, faute de l’avoir compris. Passer pour un idiot ou un doux-dingue n’est jamais agréable. On se sent un peu honteux.

Ces situations de malentendus peuvent se produire dans les actes de la vie quotidienne : à la banque, dans un restaurant, au téléphone, plus généralement dans un milieu bruyant (ex : la rue)... le pire étant, pour moi, les réunions de famille où les paroles fusent de toutes parts.

Mon cerveau doit sans cesse décoder les discours, déjouer les pièges de la vie quotidienne. L’interlocuteur ne mesure pas toujours les difficultés de compréhension : il parle trop vite, n’articule pas, porte une barbe qui m’empêche de lire sur les lèvres.... Je ne suis jamais serein devant une démarche à accomplir.

Il y a aussi une chose dont j’ai du mal à me débarrasser : le regard des autres, ou plutôt cette espèce de mentalité qui existe et qui veut que la surdité se conçoit mal, comparativement à mal voir. Elle est souvent associée à un signe de déchéance physique et morale, voire une vieillesse prématurée. Porter des lunettes, ça se conçoit mais des appareils auditifs, non ! Il suffit de lire dans certains magazines ces publicités des fabricants d’audioprothèses qui vantent les mérites des prothèses invisibles et vous voilà conditionnés.

Pour terminer, je dirais : ma surdité ne m’a rien apporté, mais elle m’a évité beaucoup de choses, notamment celle d’éviter d’entendre parfois les vilenies de certaines personnes, dont celle-ci qui m’a été rapportée : « les oreilles c’est comme les pieds, ça se lave ! »

RoG D

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